Le Titanic nucléaire

     C’est l’éditorial n°1 du numéro 200 (Mars-Avril 2011) de la revue l’Ère Nouvelle BP 80171, 06407 Cannes Cedex, qui sera mon premier article de la catégorie Environnement.

Voici l’intégralité de cet éditorial :

« Au moment ou ces lignes sont écrites, nous ne savons pas encore quelles seront les ultimes conséquences du tremblement de terre japonais et du tsunami qui l’a suivi, ni si les multiples répliques de la première secousse sismique, qui peuvent durer des semaines, ne vont pas aggraver considérablement les atteintes subies par les quatre réacteurs mis en danger par le séisme. Or, si l’un de ces réacteurs explosait, il ferait exploser aussitôt ses voisins, et l’on n’ose imaginer l’ampleur du nuage radioactif que les vents disperseraient alors sur toute la planète. Le peuple japonais serait totalement irradié, mais les Chinois, les Vietnamiens, les Philippins, les Indonésiens, les Coréens, les Australiens seraient eux-mêmes plus ou moins menacés. Et tout cela pourquoi? Parce que les « experts »japonais de l’atome ont prévu des réacteurs construits pour résister à un fort tremblement de terre, mais n’ont pas pensé à les protéger d’un tsunami, pourtant fatal lorsque le séisme se déclenche en pleine mer.

Après le naufrage du Titanic, qui était réputé insubmersible, on analysa en détail les facteurs humains qui avaient conduit au désastre : imprévoyance, négligence, présomption, confiance exagérée en la technologie, manque de vigilance, défis imprudents, soumission aux puissants… C’est ce qu’on peut appeler le « syndrome du Titanic », ou, si l’on préfère, le « syndrome de Tchernobyl », que l’on nommera sans doute bientôt le « syndrome de Fukushima ». On le retrouve dans toutes les catastrophes majeures, et il vient de se révéler au Japon de façon spectaculaire.

On connaît le leitmotiv imbécile derrière lequel se retranchent tous les irresponsables : Le risque zéro n’existe pas! Planqués derrière cette évidence, ils se laissent glisser béatement vers le risque dix, le risque vingt, le risque trente et ils en arrivent à construire des centrales nucléaires, qui sont autant de bombes potentielles, tout au long d’une île surpeuplée campée en plein milieu d’une faille tectonique, c’est-à-dire le pays le plus « secoué » au monde à longueur d’année, et qui, de surcroît, héberge le peuple qui a fait le premier l’expérience du cataclysme atomique lors des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki, à la fin de la seconde guerre mondiale!

De ce fait, on est amené fatalement à se poser la question : les Japonais sont-ils fous?

Ils ne le sont certainement pas plus que les Français, mais ils ont avec eux quelque chose en commun : leurs politiciens et leurs technocrates ont truffé leurs pays de chaudrons de sorcière d’une dangerosité extrême sans jamais leur avoir demandé leur avis. Car l’industrie nucléaire n’est pas seulement un rêve d’apprentis-sorciers, c’est aussi une violation des principes élémentaires de la démocratie. Dans cette affaire, le « peuple souverain » a été bâillonne. Oui, mais, nous dit-on, le peuple souverain réclame de l’électricité! Sans doute, mais pas au prix de risques mortels et de souffrance extrême. Et il y a cent façons de faire de l’électricité sans pollution et sans danger.

Voici d’ailleurs un extrait d’un article intitulé Le gang technocratique étouffe l’énergie solaire : « …Pourquoi impose-t-on aux Français une infrastructure énergétique pesante, coûteuse, polluante, destructrice d’environnement, parfois même dangereuse, nécessitant d’énormes transports de matériaux et de combustibles, augmentant de surcroît notre dette extérieure et notre dépendance vis-à-vis de l’étranger? (…) Oui, pourquoi? Alors que si les dizaines de milliards consacrés par EDF à l’investissement nucléaire avaient été attribués au solaire et continuaient de l’être, la France serait avant 1990 le paradis de l’énergie propre, décentralisée, indépendante et gratuite? »

Avant 1990? En effet, car ce texte est extrait du N°2 de L’Ere nouvelle daté de… janvier 1981! Voici donc 30 ans que nous demandons à « sortir du nucléaire » et à développer les multiples sources d’énergie que nous offre la nature. Les « experts »  nous répètent sur tous les tons qu’elles ne peuvent pas suffire à assurer nos besoins. Ils mentent effrontément ou bien ils sont stupides. Un seul exemple : Plus du quart du territoire français dispose dans son sous-sol de nappes à une température de 200°. C’est la géothermie, dont l’exploitation est demeurée à l’état symbolique, parce que ça n’intéresse pas « ces messieurs ». En réalité, la planète regorge d’énergie, et au Japon plus que partout ailleurs. Il est grand temps que les peuples se révoltent contre les rois de l’esbroufe!                                                          L’ÈRE NOUVELLE

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